Projet, « De la Guerre à la Paix, 80e anniversaire de la victoire et du retour de la paix en Europe ». 1e étape : rassembler des témoignages sur la période de l’occupation.

(actualisé le ) par M. Cobat

Les élèves des classes de 3e C et 3e F du collège participent cette année à un projet interdisciplinaire portant sur le thème des commémorations du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans le cadre de ce projet, un appel à témoignages a été adressé aux mairies de la douzaine de communes où vivent les élèves concernés. Il vise à collecter des récits de témoins ayant vécu eux-mêmes les années 1939-45 ou bien d’habitants ayant conservé la mémoire de cette période, à travers les souvenirs transmis par leurs parents.

C’est en réponse à cet appel, que mercredi 29 janvier, une rencontre entre témoins et collégiens s’est déroulée à la mairie de Chars. Organisée, en partenariat avec la Mairie, par Mme Legrusley (habitante de la commune qui prépare actuellement une exposition pour les commémorations du 8 mai), cette entrevue a réuni trois témoins et quatre collégiens de Marines qui s’étaient portés volontaires pour l’occasion. Étaient aussi présents M. et Mme Bouillé, qui travaillent pour leur part à la préparation d’un spectacle pour le 8 mai également, ainsi que deux enseignants du collège (Mme Hamadi, M. Cobat) organisateurs du projet « De la Guerre à la Paix ».

Les témoins, Mme et M. Bénier, Mme Defrance et Mme Bouillé

Pendant plus de deux heures, Mme Defrance (qui avait 13 ans en 1945), Mme et M. Bénier (nés après la guerre) ont dialogué et partagé leurs souvenirs, directs ou indirects, avec Angélina, Mathilde, Oumaïma et Thibaut. Se faisant les porte-parole de leurs camarades, ces quatre élèves ont en effet posé les questions qui avaient été préparées en amont, par l’ensemble des élèves des deux classes.

Les élèves de 3e volontaires pour l’interview.

Au gré des échanges, au fil des anecdotes ravivées par l’interview, Mme Defrance, Mme et M. Bénier ont ainsi permis aux collégiens de découvrir des aspects méconnus d’une époque lointaine pour eux, et de ses conséquences multiples, parfois insoupçonnées. Quelques phrases, quelques remarques suffisaient alors à changer d’échelle, passant de la Grande Histoire, ses personnages et ses lieux célèbres (De Gaulle, Hitler ; débarquement en Normandie), à la micro-histoire locale, celle d’une petite commune du Vexin (984 habitants au recensement de 1936 https://archives.valdoise.fr/ark:/1...) confrontée à des difficultés et des menaces propres à sa situation rurale. Entre l’aérodrome militaire de Cormeilles-en-Vexin et le site d’assemblage de missiles V1 à Nucourt, utilisés par les Allemands, la commune se trouvait ainsi exposée à des risques de bombardements. La population allait alors couramment se réfugier dans les carrières, champignonnières voisines, comme en ont témoigné Mme et M. Bénier. Cette micro-histoire à hauteur d’homme est en effet bien éloignée des grands événements de la Seconde Guerre mondiale habituellement travaillés en classe.

Les bruits du quotidien y occupent notamment une place tout à fait particulière dans les témoignages entendus ce mercredi. Les sirènes prévenant d’une prochaine attaque aérienne en était un parmi d’autres, généralement suivi d’autres bruits, plus ou moins proches, de moteurs puis d’explosions. Avec le temps, les habitants prirent d’ailleurs l’habitude de distinguer les sonorités caractéristiques des chasseurs bombardiers alliés des vrombissements sourds des bombardiers lourds. Annonciateurs de destructions bien plus importantes, ces derniers obligeaient alors la population à se réfugier dans les carrières, parfois rejointe par une partie des Allemands occupant la commune. Mme Defrance garde aussi en souvenir ces bruits durablement associés à la guerre. Hospitalisée, alors qu’elle habitait Clichy, avec ses parents, elle se rappelle bien les tirs de la défense antiaérienne allemande, entendu depuis son lit. Victime de scarlatine, elle ne pouvait de fait pas descendre aux abris pour éviter de la transmettre aux autres patients. C’est donc depuis son lit, où elle se recroquevillait, qu’elle attendait la fin des bombardements et des tirs. Puis, de son séjour à St Germer de Fly, où ses parents l’avaient mise à l’abri à la campagne, elle se souvient du bruit des bombardements frappant Beauvais.

Autre illustration de cette atmosphère sonore propre à la guerre. Au moment de la Libération de Chars, à l’été 1944, c’est le bruit étouffé des pas de soldats dans la rue qui permit à certains de comprendre qu’il se passait quelque chose. Ne ressemblant en rien au claquement de pas métallique et sonore de l’occupant allemand, c’était l’écho des semelles de caoutchouc des GI’s américains entrant dans la commune.

Les acteurs de cette transmission entre générations.

Bien d’autres sujets concrets et anecdotes ont été évoqués lors de ces deux heures d’entretien dont tous les intervenants semblent être sortis très satisfaits. Les informations recueillies serviront de support pour de futurs travaux réalisés en classe. Elles seront également mises à profit pour alimenter les projets associés aux prochaines commémorations du 8 mai.

Pour l’heure, nous tenons, Mme Hamadi et moi-même, à remercier Mme Legrusley, pour avoir permis la tenue de cette rencontre, Mmes Defrance et Bénier ainsi que M. Bénier pour avoir accepté de témoigner et dialoguer avec les élèves. Nous remercions également la Mairie de Chars qui a accueilli les intervenants dans ses locaux. Enfin, nous remercions Angélina, Mathilde, Oumaïma et Thibaut pour leur disponibilité et leur implication dans ce moment de transmission.

D’ici juin 2025, d’autres articles permettront ainsi de suivre, étape par étape, l’avancement de ce projet « De la Guerre à la paix ». L’un d’eux s’attardera davantage sur la période de la fin de la guerre et du retour de la paix, en s’appuyant notamment sur d’autres extraits des témoignages recueillis mercredi 29 janvier. Pour suivre l’avancement de ce projet, vous pouvez également consulter les articles suivants : https://clg-hautiers-marines.ac-ver... et https://clg-hautiers-marines.ac-ver...